"La Nuit en Musique"
Henri Dutilleux (1976) : Ainsi la Nuit (18')
Aftab Darvishi (2017) : "Daughters of Sol for string quartet" (6')
Franz Schubert (1824) : Quatuor à Cordes D. 810 "La Jeune Fille et la Mort" (40')
La Nuit : il n’y a guère d’époque de l’histoire de la musique qui n’ait exploré l’univers nocturne, son imaginaire, sa force évocatrice.
Dans "La Jeune fille et la mort", Schubert transporte l'auditeur dans une sombre forêt d'outre-Rhin, dès ses premiers accords acérés : la charge dramatique est immense, et le compositeur prend un malin plaisir à détourner les codes de la musique populaire pour mieux nous impliquer dans la tragédie qui se joue sur scène : danse de village aux accents macabres dans le Scherzo, mélodie nostalgique comme un choral funèbre dans le mouvement lent, qui agit comme une plongée dans la psyché et les racines de ce qui fait l'humain. Universel et inoubliable.
Bien plus tard, Ainsi la nuit (1976) d’Henri Dutilleux, véritable peintre sonore, porte cet art de la suggestion à son apogée. Œuvre de lumière et d'ombre, elle abolit le temps linéaire pour construire un espace musical où chaque résonance engendre la suivante. Ici, la musique ne décrit plus : elle évoque, respire, suggère.
La jeune compositrice iranienne Aftab Darvishi livre également son interprétation très personnelle de la Nuit : portée par le bercement évocateur des glissades des violons, un tableau émotionnel se dresse qui fait la part belle aux sans et aux parfums de son pays d’origine.